Déclin, déclic pour le delta danubien

Projet / Analyse / Mémoire

Le site : Sulina et la région du delta du Danube (Roumanie)

Cadre : PFE (diplôme de master 2 en architecture)

Equipe : Charline Sowa, Critina Costea


Résumé

L’approche actuelle de l’architecte est adaptée aux logiques de développement des métropoles. Pourtant, un autre phénomène urbain croissant est souvent ignoré : les villes rétrécissantes (shrinking cities) absorbées par ces grandes villes et écartées des réseaux mondiaux.
Le projet est orienté plus particulièrement sur la région du delta danubien et de sa centralité, Sulina, petite ville de 5 000 habitants. Aujourd’hui isolé, l’ensemble du delta est victime d’un déclin provoqué par l’accès limité, la désindustrialisation post-communiste et les réglementations strictes de l’exploitation du territoire deltaïque, classé depuis 1992 à l’UNESCO. Paradoxalement, ce sont des espaces à enjeux forts en Roumanie comme en Europe par leur position géostratégique (pointe de l’Union Européenne, à l’embouchure du Danube sur la Mer Noire) et leur histoire européenne (Sulina, ancien siège de la commission européenne du Danube).

La démarche vise à détourner les sources de déclin en ressources d’impulsion socio-économique pour garder la population locale et la culture du delta. La réflexion sera menée à différentes échelles spatiales (Europe, delta, Sulina, homme) et temporelles (jour/nuit, saisons, années etc.).

Le projet sur Sulina prévoit 3 interventions impulsées par l’économie du poisson, un élément important du système économique du delta. Pour les définir et les réaliser, les interventions s’appuient sur les richesses du territoire à travers un travail de recyclage des bâtiments en préfabriqués et des friches, ainsi que des matériaux locaux :
-l’inondation de l’ancien polder agricole détournant la renaturalisation en potentiel économique par le développement de la pisciculture extensive, et la création d’un centre de gestion de l’exploitation
– le renforcement des points d’accès (quai et aérodrome).
– la création d’un espace d’échange commercial et culturel sur l’espace public de la ville, les quais. Ce point est approfondi autour de deux composantes clés. La première est une place de marché structurée par trois édifices (restaurant, espace de stockage pour les commerçants, un espace de gestion et de stockage pour l’administration de l’exploitation piscicole). Ceux- ci ont une forte présence, construits en brique : un choix de matériaux inspiré des bâtiments-repère de la ville. Le restaurant organise la place en tant qu’élément de rotule entre des bassins de stockage à poissons à ciel ouvert (issu de la déconstruction d’un immeuble communiste) et d’une halle de marché (structure métallique recouverte par des matériaux locaux : roseaux et bouteilles en plastique). Le restaurant sert également à articuler la place avec le deuxième élément de projet : une route économique structurée à partir d’un traitement paysager valorisant le patrimoine local. Ce dernier relie l’arrière de la ville où se trouvent les bassins piscicoles aux quais.

Déconstruire la ville rétrécissante nous permettra de reconstruire son économie à long terme : maintien des activités traditionnelles, valorisation du cadre de vie et développement du tourisme « slow ». A grande échelle temporelle et dans l’optique d’une société post-pétrole, le delta pourrait devenir le noyau d’un système européen de récupération et de recyclage des matières plastiques polluant le Danube. Son efficacité serait d’autant plus perceptible par l’intermédiaire d’une coopération européenne autour du Danube et de son delta, coopération visant le développement d’un système de dépollution des eaux continentales. En tant que région rétrécissante, ce territoire aurait un fonctionnement d’autodigestion permanent qui serait, paradoxalement, sa manière de se conserver. Ainsi, le projet interroge le Delta comme la Machine à dépolluer du Danube. Par ces systèmes, Sulina reprendrait sa place de première ville à la porte la plus à l’Est de l’UE, ouverte sur la Mer Noire et la Mer Caspienne, en tant que repère innovant du rapport environnement / cadre de vie humain.

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